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Préface de
Marcel Moreau

C’est de la poésie comme je l'aime, crue et odorante en sortant du sous-bois, orfèvre et flexueuse lorsqu'elle travaille son cuir.
Qu'une bête la talonne, qu'un Amour la précède, elle convoque sur sa peau une lumière vacillante, comme tombée des anciens soleils, quant ils faisaient danser les désespoirs dans les bras des ivresses.
De cette lumière point trop, juste ce qu'il faut pour nous rappeler que les mots ne naissent pas au grand jour, mais comme des adultères ou des incestes, entre chien et louve. On aura compris qu'en poésie, je me méfie des excès de nues, de brises, de reflets et de ces je ne sais quoi d'impalpable auxquels on assigne des usages Rien de tel ici: la chair décide de ce que veut le verbe et le verbe répond de la poigne des incarnations. Cela n'empêche pas la musique. La musique est, et elle est sensorielle, forcément. Ellerythme toutes les saisons du corps.

Comme tout poète chez qui la boussole n'est qu'un moment appendiculaire du désir, rendant impossible une sérieuse cartographie des points de départ ou de chute, notre poète s'égare. A lui les horizons détraqués, les pistes rotatives. Mais il s'égare pour la bonne cause, la cause de la Femme. Grâce à elle, sa raison peut tourner jusqu'à sept fois davantage dans le cartésien avant de mourir, encore ruisselante, pour un orgasme.

L'homme a fait son temps de désert, de contemplation érémitique, d'indolences caravanières. Il a invaginé toutes les dunes. Il s'adonne maintenant aux irrigations luxurieuses. Il a déplacé sa soif de l'oued à la vénusté. Après l'ensablement la crue, à perte de vue. Après la vaste étendue, mystique, la grande profondeur, abyssale, une autre religion, sans Dieu, d'un sacré organique, d'une dodue spiritualité.

La jouissance a changé d'inconnu, ou d'Inconnaissable. Elle est toujours louanges et vertige, la langue pendante, mais cette fois l'Absolu est féminin, il en a les entrailles, le ventre, les cris et l'illisibilité finale, aux frontières de l'utérus et de la folie. Et il n'est plus fort voyage, ni de plus inouï, j'en sais quelque chose. Il m'arriva de ne jamais revenir: ce n'était donc pas vraiment un voyage, c'était un retour aux commencements du monde, c'était une Adoration.

Christian Erwin Andersen est un convulsif quand il hait, qui génufléchit quand il aime. Ce qu'il en écrit me touche, et je le dis.

Marcel Moreau

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  • : "C’est de la poésie comme je l'aime, crue et odorante en sortant du sous-bois, orfèvre et flexueuse lorsqu'elle travaille son cuir." M.Moreau
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