Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 12:31
Ca commence à la nuit tombante, sans
tapage inutile. A quoi bon? Il sera encore
bien temps. Furtivement un premier
corps s’est écrasé. Un second a suivi.
J’avais donc bien vu. Aussi bien entendu.
Ils se sont remis au travail, là haut. En fin
de matinée la cadence s’était
sensiblement accélérée et d’autres corps
ont suivi. J’ai remarqué qu’ils étaient de
plus en plus dégradés et je me suis
inquiété. Une sale inquiétude jointe à de
la culpabilité. C’étaient ces corps qui
m’interpellaient, au passage, dans leur
chute, ils tournaient la tête vers moi
comme pour demander si c’était bien
normal tout ça. Je ne savais trop que faire
et, bien que préoccupé, j’ai fini par
m’endormir. Un mauvais sommeil, mais
les plus somptueuses défenestrations
finissent par lasser et le sommeil vient
dans le fracas des bris de verre. On est en
pleine narcose. On tente bien parfois de
taillader les câbles de l’atroce machine
mais ils se mettent à saigner, à grands
flots. Tout saigne. Alors, pour éviter de
salir, on arrête.
Tiens, encore un qui passe
….
Il est tout bleu comme une orange.


CEA

Repost 0
Published by Loran - dans Prose D'hivers
commenter cet article
23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 23:50


Ecrit tout specialement pour Dominique Bernard,

 

 

La scène a lieu dans les environs immédiats du château de Ham-sur-Heure, non loin de Charleroi, par une journée radieuse d’avril 1973. 

 

Ce jour là, par je ne sais quel sortilège, tu m’as fait cadeau de poésie. Aujourd’hui, prétextant de premiers cheveux gris et des maux tenaces je viens t’offrir ma nudité sans dents.

 

Tout, de cette aube là au couchant fut poésie, fut création, chanson de geste, apothéose du chant, déferlement de vagues, cascades luminneuses.

 

Nous nous étions levés excessifs, nous traversions le jour avec excès et je ne parlerai pas ici de l’excès vespéral  malgré la cape blanche qui t’enveloppait, qui resserrait chaque fois plus ses plis te protégeant de moi car, j’étais fou, oui,  fou de ton espièglerie, de ta présence rayonnante.

 

J’ai connu bien  d’autres femmes, fort mal, sans doute et à chacune je garde le respect, même à la pire d’entre  elles, car il en est, en effet qui se surpassèrent, me dépassèrent et furent infâmes.  A toi je garde un amour intact et d’une espèce telle que je n’ai ici pudeurs à en parler vu que nul ne risque de comprendre.

 

Tu vois, je le disais, je reste dans l’excès… comme cette mort hideuse qui, viens-tu de m’apprendre, voudrait te ravir à moi et te menace.

 

Tout est là, dans ma mémoire, le sentier très étroit dans le pré, des renoncules, de la prêle et quelques tilleuls énormes qui en fin de journée se mirent à embaumer.

 

Aujourd’hui le même sentier poursuit sa promenade à travers les prés, les tilleuls ronronnent toujours malgré quelques taons importuns et la prêle concocte  ses graines.

 

Ce sont des bienheureux, qui n’ont jamais appris à compter. Ils ne vieilliront donc pas, comme nous, avec notre science, avec nos souvenirs. Socrate le faux optimiste une fois encore boira la coupe et nous trinquerons, bon gré mal gré avec lui.

 

Cela, oui, tout cela, tu le savais. « Solis victis. « Seul le soleil est invaincu ». Tes longs cheveux fauves, teints au henné, flagellaient l’astre chaque fois que le rire te prenait.

 

Ton espièglerie procédait des bonnes vieilles sources et tu le confirmais avec arrogance quand à l’issue de l’une ou l’autre pantalonnade tu claironnais « dans chaque Suissesse il y a une vachère qui sommeille ».

 

J’ignorais encore, à cette époque, que la commune de Ham-sur-Heure marquait la frontière (qui se confond aujourd’hui avec celle du diocèse de Tournai) du territoire des Nerviens (nervii) peuple gaulois de l’antiquité dont César parle abondamment ,et qui appartenait à la nation belge au même titre que les Helvètes, ton peuple qui aujourd’hui tient toujours le Chasseral, près de la Chaux-de-Fonds / Neufchâtel monté sur les chevaux des Franches Montagnes avec ses Peus qu’un jour, ou peut-être était-ce une nuit, nous avons cherché, les uns après les autres en  quête de  granges aux foins parfumés qui nous enivraient.

 

Mais je m’égare. Regrimpons sur le « tender » plein de charbon accroché à une vieille locomotive à vapeur cantonnée en gare de Charleroi. Tu es assise sur le tas de houille, belle ténébreuse, hirsute.  En plein canabis trip tu régles le passage des convois. Plus Delvaux que nature. Cette nuit là je suis mort de rire dans tes bras.

 

Et ainsi de ton train chauffé à mort c’est dans un inoubliable « one Dominique show »  que tu t’embarques interprétant  le Bateau Ivre. Sus à toutes les péninsules, sus au Kamtchatka,  sus aux dragons de Komodo.  Tu m’as fait découvrir la poésie.

 

Voici ce que  j’ai gardé comme souvenir de cette « magie » :

 

Du haut de ton grand voilier pansu, juchée sur la timonerie toute bariolée, solidement plantée sur tes deux jambes, tu diriges la manœuvre. Tu n’as pas lésiné. Tu es rentrée dans le vif. D’estoc et de taille. Tu frappes.  Tu les frappes tous : Sarrasins, Normands, pirates, corsaires, boucaniers. C’est ton Mississipi, ton Yukon, ton Klondike que tu descends ou ton Orénoque.  C’est ta vie que tu conduis à l’échouage ou tantôt ramènes aux sources.

 

Tu clames ta formidable joie de vivre à pleins poumons.  A grands cris sauvages tu y vas, et ce n’est mystère, je sais que jusqu’au fond des antres les plus sombres, dans les plus fabuleuses forêts la vie frémit d’effroi à t’entendre. Tu t’es saisie de moi.  Tu me hales et, à grands  ahans   me hisses à bord de ton bateau ivre.

 

Tu ne m’as posé aucune question.  Tu t’en fous.  C’est d’autorité que tu m’as pris.  Avec toi, je ne discute pas. Jamais. Bien sûr ce n’est pas la mer à boire car tu domines les eaux, mais..!  Oserais-je le dire ?  Tu m’anéantis et m’ériges en un seul même et prodigieux mouvement. Et me voici. Je règne. Maître de toute chose.  Réduite la brutalité, subjuguée la violence. Il n’est jusque l’air que nous avions méprisé qui ne revienne et s’engouffre dans nos poumons béants.

 

Les dieux parlent par notre bouche, par nos deux bouches, de galets blancs qui claquent  et sonnent et claquent de plus belle.  Tu es belle de gravier rose.  Belle de vasques argentées. Belle si belle. Définitivement. Comme tes lèvres si rouges à la surface de moi à jamais noir. Je t’aime. Le savais-tu ?  Merci d’avoir permis que je t’aime nu.

 

 

christian

mars 2011-03-10 cea fecit

 

Repost 0
Published by C.E.A - dans Prose D'hivers
commenter cet article
20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 18:35


De toute évidence, elle en est persuadée : c’est facile

Parfaitement sereine elle vous l’annonce : veuillez noter que le prochain thème a pour titre l’odyssée de la peau » … elle tourne les talons …et s’en va.

Moi, je suis abasourdi. Je voudrais protester mais je parviens juste à bafouiller : mais, mais … c’est pas sûr, pas comme au cinéma.

D’ailleurs, une odyssée, ça ne peut pas aller si vite. A moins de tricher. Pourquoi pas. Objection ? Non, bien sûr. Tricher, tout le monde le fait, plus ou moins heureusement, mais…

A moins d’en inventer une d’odyssée, rapide, biodégradable et autolubrifiante, adaptée à notre siècle pressé. Après tout.

Ne peut on pas concevoir une petite odyssée repliable, qui prenne peu de place, tienne en poche et qui serait tellement endiablée que, prenant le mors aux dents, elle boucle son circuit en vingt quatre, voire douze, heures.

Et voilà qu’une idée me vient. Oui. C’était avec Lola. Vous la connaissez, n’est ce pas, Lola. Je vous raconte…

L’aube avait longtemps tardé, beaucoup paressé. Elle a fini cependant par s’infiltrer à travers les rideaux et déléguer un rais de soleil en éclaireur. Il a hésité comme s’il devait s’ orienter. Puis, par saccades infimes, par reptation presque, il a atteint l’oreiller de Lola, son visage ensuite, sa joue. Ce fut, sur son visage paisible, comme un lever de soleil. La première aube avec une lumière de commencement du monde. Je regardais avec émotion.

Je connais Lola depuis l’enfance Il y a plus de quarante ans. Elle a gardé sa fraîcheur intacte, sa douceur de peau est idéale. Elle a une texture de pêche mûre, et le rose, aux mille nuances s’y renouvelle à l’infini. Un festin. Pourtant, elle n’est plus jeune Lola et d’autre part, ce n’est pas la pêche, qu’elle sent, mais l’abricot. Mais moi je l’aime comme ça, crue, « toute crute » comme je lui dis parfois en plaisantant. Je l’ai dans la peau.

Je m’éveille en sursaut. Nous nous étions assoupis. Je serai, en retard au bureau. Tant pis. Il en faudrait davantage pour que je renonce à rendre hommage à Lola. Elle a senti ma respiration dans sa nuque. Elle a pris sa position et nous avons fait l’amour dans la brume du demi sommeil.

Nous nous sommes retrouvés à rire et à bavarder dans la salle de bain. Puis, une idée étrange m’est venue. A Lola, j’ai expliqué, avec quelques détours, parce qu’elle est jalouse, que je connais, chez la femme, un point précis situé à la base du nez, un émetteur d’hormones extrêmement actif, aux vertus aphrodisiaques tellement puissantes que le plus fidèle, le plus dévot des hommes ne peut y résister. Plus puissant que toute la cyprine du monde.

Elle a eu l’air intéressée, Lola. Ses yeux se sont allumés. Un éclairage étrange. Comme je ne lui en avait jamais connu. Elle a voulu que je lui montre le « point ». Le temps passait ; mon retard s’aggravait. Mais elle insistait : « je t’en prie, respire moi ». J’ai cédé.

Nous avons fait la topographie de nos corps, centimètre par centimètre. Oh, fabuleux deltas de la peau ou à la nuit tombée les orchidées se rassemblent pour des saturnales. Nous avons découvert des îles étranges aux plantes odorantes et peuplées de fleurs carnassières. Des continents noyés dans les odeurs fortes. Après l’avoir bien cherché nous avons enfin trouvé le « point » de l’homme sur un quadriceps. Nous le ferons breveter. Nous étions fous, mais fous à lier.

Je ne suis pas allé au boulot. Lola a boudé son cours. J’étais Dior, elle, Yves Saint Laurent. Nous officions, jonglions avec des flacons poreux que Baudelaire n’eut pas désavoués. Sur nos peaux des milliers de feux de brousse crépitaient.

Lorsque l’étreinte s’est doucement défaite j’ai dit mes sources à Lola très curieuse et intéressée. Cet endroit de la peau que je nommais « le pré aux sorcières » c’était une voisine de ma mère qui me l’avait fait découvrir.

Elle payait beaucoup de sa personne cette femme et organisait les plus prisés sabbats de la région. C’était une sainte et elle eut mérité, outre la canonisation, une Légion d’Honneur pour ses prestations bénévoles et sa mise en évidence active du principe de plaisir. Elle a préparé, drillé et envoyé au front du sexe tant de régiments imberbes, de patrouilles acnéennes, de lanciers aux élancements monstrueux et tous en sont revenus… n’en déplaise à Louis Aragon.

Une initiation n’est jamais à décliner, conclus je, devant Lola et je mis fin à mes épanchements. Lola ne riait plus. Le lendemain, elle ne vint pas. Plus tard j’appris qu’elle avait une liaison avec le sacristain d’un village voisin. Elle en scandalisait la population car pour plaire à son nouvel ami elle se promenait en tenue galonnée de pompier. Elle ne quittait jamais l'uniforme, même au lit.

c. e. a.

 

Repost 0
Published by C.E.A - dans Prose D'hivers
commenter cet article

Présentation

  • : Les Poétiques de C.E.A
  • Les Poétiques de C.E.A
  • : "C’est de la poésie comme je l'aime, crue et odorante en sortant du sous-bois, orfèvre et flexueuse lorsqu'elle travaille son cuir." M.Moreau
  • Contact

Recherche