Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 10:34

 

 

 

ADRESSE AUX CHIENS

 

&

 

Petite histoire du meurtre

 


 
Ils m'ont passé les menottes. Elles étaient froides.  Je me suis débattu, j'ai résisté. Je les ai insultés.  Mon estomac se soulevait. J'avais envie de vomir. Je les ai suppliés de m'abattre. Le plus jeune des deux m'a dit que ce serait trop beau pour moi, que j'étais un fumier et il m'a donné un coup de poing dans le ventre. Alors j'ai vomi. Ce soir là j'ai bien dormi, et tous les jours qui ont suivi ; jusqu’à mon exécution. Il fallait que je paie. C’était normal.
 
 
non je ne tremblerai pas   
comme ces étoiles peureuses
dans l'infini froid
là haut très loin
 
je me tairai
nous irons aveugles
et silencieux
entre vociférations
et meurtres
dans le fracas
des blancheurs naïves
 
nous porterons
vêtements d'hiver
de pluie et de vent
mais il sera bon
d'être avec toi
parmi coassements
et babils
 
pour l'instant
tu respires paisiblement
et mon flanc contre le tien
je m'unis à ton souffle
 
quelque part
sans trop savoir où
dans cette nuit
d'aisselles
de semence fraîche
et de varech
j'entends hurler les menottés
 
je me couche à tes pieds
mon triomphe est bien
de mourir là sous ta fourche
cependant que le cri est tien
 
le petit matin
comme d'un cliché désuet
rira de nos grands yeux cernés

 

Repost 0
7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 10:32

 

ADRESSE AUX CHIENS

 

&

 

Petite histoire du meurtre


 
 
 Je m'étais calmé et redescendais vers le village lorsque, très loin, j'ai aperçu les gendarmes.

 Quelque chose d'étrange a bougé en moi, on eût dit une troupe qui se levait …
 
 
Je suis plusieurs
sans en connaître le nombre
hommes d’hier
de demain
alignés jusquà se confondre
avec la nuit des temps
 
ils remuent
parlent et chantent en moi
fiers et joyeux
forts surtout
leurs muscles
vibrent sous ma peau
jusqu’au frisson
et mon cœur bat pour mille
 
leurs mères souvent
ont mis bas dans la boue
et j’en suis tout crotté
 
le  faucard
a décimé leurs rangs
au passage des grands fleuves
du temps
 
ils sont passés pourtant
leurs hordes
ont atteint l’autre rive
 
venez à moi
j’ai odeur
de siècles et de géhennes
 
accourez
mes blessures sont mon chant
il vous entraîne
elles annoncent mon poème
qui bouge
et appelle l’aube
 

Repost 0
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:29

 

 

 

ADRESSE AUX CHIENS

 

&

 

Petite histoire du meurtre

 

 


 
Mais, après tout, elle l'avait bien mérité. Pourquoi s'était-elle mise à crier ? Je ne lui voulais pas de mal ; pas de mal  Jamais. Jamais je n'avais aimé comme ça. Jamais. Je le lui ai répété mais elle criait toujours plus fort. Je ne sais plus.
 
 
les caresses se bousculent
au portillon de mes mains
laquelle couchera ton corps
je la cherche
laquelle t’arrachera le cri
je ne sais
 
déjà ton sexe supplie
tes yeux disent le plaisir latent
nos ventres s’épousent
et la noce est belle
 
une toute jeune fille
geint en toi
sa beauté me confond
et nous fait complices
 
qu’elle est douce la mort
au confluent de tes jambes
lourdes et longues
ainsi rançonnées

Repost 0
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:18

 

ADRESSE AUX CHIENS

 

&

 

Petite histoire du meurtre


 
 
Je courrais à présent et la morte me poursuivait de ses imprécations.
 
J'avais vu son épaule lacérée, sa nuque en sang.
 
J'en avais des nausées. Je n'ai jamais aimé le sang.
 
 
  
Ongles dents crocs
qui me déchirez les lèvres
zébrez le dos ou exaltez
dans ma nuque les frissons
 
ongles dents crocs
armes premières et primitives
mises en faisceaux là où parfois
l'espèce endormie
campe encore
autour de rares feux vacillants
 
ongles dents crocs
masques innocents
du rire meurtrier
ou grappins acérés de l'étreinte
 
meurtrissoirs
des enchères amoureuses
autant
que de la douce déchirure
 
ah la blessante vérité  de vivre
 
ongles dents crocs
 
 
 

Repost 0
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:11

 

ADRESSE AUX CHIENS

 

&

 

Petite histoire du meurtre

 

 

 

Sait-on assez, derrière le loup du rire ou le masque des babines … le crochet du boucher ?
 
L'enfant lui avait souri lorsqu'il avait dit, en caressant ses cheveux " tu as de jolis yeux "
Saura-t-on jamais assez !  Jolis yeux …
 
 
Il y a du pourceau
dans tes yeux
mon amour
quelque hostie infâme
fichée là dans la plaie vive
de ton désir fustigé
et ça crie
 
il y a un ruisseau
dans ton ventre
mon amour
et je  nage sans repos
vers sa source
harcelé  par ces grands oiseaux
de jais au bec jaune
qui font peur
 
il y a tout cela en toi
tu cries et ça gueule
dans mes reins
 
 
 

Repost 0
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:09

 

ADRESSE AUX CHIENS

 

&

 

Petite histoire du meurtre

 

 

 

Je me suis mis à penser à l'assassin.
 
Sans aucun doute il avait dû ruser pour l'amener là.
 
Il lui avait raconté des balivernes et elle était tombée dans le piège.
 
C'était une enfant encore, qui ne pouvait deviner ce qui lui mangeait le cerveau et le sexe à l'homme … non, elle ne pouvait pas imaginer …
 

Repost 0
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:19

 

ADRESSE AUX CHIENS

 

&

 

Petite histoire du meurtre


 
 
Exaspéré, j'ai secoué vivement la tête. A son tour, comme la nuit qui venait de s'achever, la journée n'en finissait pas et je pensais toujours à la morte.
 
Au loin l'orage grondait sur la montagne. Bientôt le gué serait noyé.
 
J'entendais des craquements de vertèbres épouvantables multipliés à l'infini par l'écho.
 
Mes jambes refusaient leur service. J'ai dû m'arrêter.
Alors, j'ai regardé mes mains.
 
Etait-ce les vociférations de la foudre qui les faisaient se cabrer ainsi, comme implorantes et demandant pardon ?
 
J'avais peur. Horriblement.
 
Je regarde  mes mains
semblables à toutes
au bout desquelles
il y a des doigts
comme les vôtres
 
tous ont leurs petits
ou grands secrets
et forment autant de rébus
ou de mystères
qui ne nous appartiennent pas
les signes qu'ils tracent
nous écrivent et circonscrivent
 
ils apparaissent
innombrables
mais leur somme est un zéro
et nous sommes leur éclatante
énigme
 
le zéro ne se soulignant pas
je regarde mes mains
et les fais taire

Repost 0
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:17

 

ADRESSE AUX CHIENS

 

&

 

Petite histoire du meurtre


 
 
j'ai retrouvé mon calme.
 
En somme, la rencontre avec la mort avait été brève, comme je l'eus été avec l'assassin ! 
 
Puis, d'un seul coup, je me suis mis à trembler, de tous mes membres.
 
Je commençais soudain à comprendre. J'ai porté les mains au visage. Les masques ! Oui. C'était ça. Les masques. Moi aussi.
 
 
auriez-vous davantage
de vérité trébuchante
que les plus pures
gemmes sonnantes
de la langue
 
ô masques superposés
et silencieux
que taisent à escient
les tables de loi
 
je m’enivre ici
de l’arrachement
qui vous recompose
sans fin
et me livre pantelant
aux éblouissements du neuf
 
masques au levant
les armes cliquètent
au couchant
le ciel s’embrase
 
couteau sur la gorge
la vie rougeoie
 
c’est à l’étale
sur une plage déserte
que la mort vomit
nos enfantements
 
 
 
 

Repost 0
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:15

ADRESSE

 

AUX CHIENS

 

 

&

 

 

Petite histoire

 

du meurtre

 

 

 
 
Péniblement je me suis mis en route.
 
Le visage de la jeune morte et les chiens que j'entendais se déchaîner, du côté de Mausort m'avaient rendu sombre et nerveux
  
c’est toujours
sous le même ciel rapiécé
à travers d’identiques grilles
que se lèvent
nos soleils taciturnes
 
peut-on croire
que le jour va venir
la parole
réintégrer le chant
et
celui-ci
nos corps exsangues
 
ce n’est jamais les mêmes cris
et
blessures
encore moins
le même râle
qui écartèlent l’espace
et crucifient
nos horizons
 
c’est chaque fois la même
chanson
sous une copie de ciel
parmi des duplicatas de cages
Toujours les chaînes
et à jamais
l’encre
inépuisable
pour l’écrire

Repost 0
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 19:12

 

 

ADRESSE

 

AUX CHIENS

 

 

&

 

 

Petite histoire

 

du meurtre

 

 

 


 
Je m'étais tu. Un rayon de soleil avait jailli d'une faille dans les nuages et s'était arrêté au visage de la morte étendue près d'un buisson. Je l'ai nettoyé de sa boue avec beaucoup de douceur … et de répugnance.
 
 
je dirai donc le meurtre
pour ne pas flatter
à l’angle de chaque mot
la dague
où déjà s’accroche
une perle de sang
 
« si tu veux vivre
ne parle plus »
me chuchote
un grand silence
 
« ne sois pas inquiet »
lui dis-je
« la nuit féconde appelle
aux épousailles
 
et je ne mourrai
qu’à l’aube »

Repost 0

Présentation

  • : Les Poétiques de C.E.A
  • Les Poétiques de C.E.A
  • : "C’est de la poésie comme je l'aime, crue et odorante en sortant du sous-bois, orfèvre et flexueuse lorsqu'elle travaille son cuir." M.Moreau
  • Contact

Recherche