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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 18:35


De toute évidence, elle en est persuadée : c’est facile

Parfaitement sereine elle vous l’annonce : veuillez noter que le prochain thème a pour titre l’odyssée de la peau » … elle tourne les talons …et s’en va.

Moi, je suis abasourdi. Je voudrais protester mais je parviens juste à bafouiller : mais, mais … c’est pas sûr, pas comme au cinéma.

D’ailleurs, une odyssée, ça ne peut pas aller si vite. A moins de tricher. Pourquoi pas. Objection ? Non, bien sûr. Tricher, tout le monde le fait, plus ou moins heureusement, mais…

A moins d’en inventer une d’odyssée, rapide, biodégradable et autolubrifiante, adaptée à notre siècle pressé. Après tout.

Ne peut on pas concevoir une petite odyssée repliable, qui prenne peu de place, tienne en poche et qui serait tellement endiablée que, prenant le mors aux dents, elle boucle son circuit en vingt quatre, voire douze, heures.

Et voilà qu’une idée me vient. Oui. C’était avec Lola. Vous la connaissez, n’est ce pas, Lola. Je vous raconte…

L’aube avait longtemps tardé, beaucoup paressé. Elle a fini cependant par s’infiltrer à travers les rideaux et déléguer un rais de soleil en éclaireur. Il a hésité comme s’il devait s’ orienter. Puis, par saccades infimes, par reptation presque, il a atteint l’oreiller de Lola, son visage ensuite, sa joue. Ce fut, sur son visage paisible, comme un lever de soleil. La première aube avec une lumière de commencement du monde. Je regardais avec émotion.

Je connais Lola depuis l’enfance Il y a plus de quarante ans. Elle a gardé sa fraîcheur intacte, sa douceur de peau est idéale. Elle a une texture de pêche mûre, et le rose, aux mille nuances s’y renouvelle à l’infini. Un festin. Pourtant, elle n’est plus jeune Lola et d’autre part, ce n’est pas la pêche, qu’elle sent, mais l’abricot. Mais moi je l’aime comme ça, crue, « toute crute » comme je lui dis parfois en plaisantant. Je l’ai dans la peau.

Je m’éveille en sursaut. Nous nous étions assoupis. Je serai, en retard au bureau. Tant pis. Il en faudrait davantage pour que je renonce à rendre hommage à Lola. Elle a senti ma respiration dans sa nuque. Elle a pris sa position et nous avons fait l’amour dans la brume du demi sommeil.

Nous nous sommes retrouvés à rire et à bavarder dans la salle de bain. Puis, une idée étrange m’est venue. A Lola, j’ai expliqué, avec quelques détours, parce qu’elle est jalouse, que je connais, chez la femme, un point précis situé à la base du nez, un émetteur d’hormones extrêmement actif, aux vertus aphrodisiaques tellement puissantes que le plus fidèle, le plus dévot des hommes ne peut y résister. Plus puissant que toute la cyprine du monde.

Elle a eu l’air intéressée, Lola. Ses yeux se sont allumés. Un éclairage étrange. Comme je ne lui en avait jamais connu. Elle a voulu que je lui montre le « point ». Le temps passait ; mon retard s’aggravait. Mais elle insistait : « je t’en prie, respire moi ». J’ai cédé.

Nous avons fait la topographie de nos corps, centimètre par centimètre. Oh, fabuleux deltas de la peau ou à la nuit tombée les orchidées se rassemblent pour des saturnales. Nous avons découvert des îles étranges aux plantes odorantes et peuplées de fleurs carnassières. Des continents noyés dans les odeurs fortes. Après l’avoir bien cherché nous avons enfin trouvé le « point » de l’homme sur un quadriceps. Nous le ferons breveter. Nous étions fous, mais fous à lier.

Je ne suis pas allé au boulot. Lola a boudé son cours. J’étais Dior, elle, Yves Saint Laurent. Nous officions, jonglions avec des flacons poreux que Baudelaire n’eut pas désavoués. Sur nos peaux des milliers de feux de brousse crépitaient.

Lorsque l’étreinte s’est doucement défaite j’ai dit mes sources à Lola très curieuse et intéressée. Cet endroit de la peau que je nommais « le pré aux sorcières » c’était une voisine de ma mère qui me l’avait fait découvrir.

Elle payait beaucoup de sa personne cette femme et organisait les plus prisés sabbats de la région. C’était une sainte et elle eut mérité, outre la canonisation, une Légion d’Honneur pour ses prestations bénévoles et sa mise en évidence active du principe de plaisir. Elle a préparé, drillé et envoyé au front du sexe tant de régiments imberbes, de patrouilles acnéennes, de lanciers aux élancements monstrueux et tous en sont revenus… n’en déplaise à Louis Aragon.

Une initiation n’est jamais à décliner, conclus je, devant Lola et je mis fin à mes épanchements. Lola ne riait plus. Le lendemain, elle ne vint pas. Plus tard j’appris qu’elle avait une liaison avec le sacristain d’un village voisin. Elle en scandalisait la population car pour plaire à son nouvel ami elle se promenait en tenue galonnée de pompier. Elle ne quittait jamais l'uniforme, même au lit.

c. e. a.

 

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Published by C.E.A - dans Prose D'hivers
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commentaires

étéop 23/05/2010 14:25


Beaucoup d'imagination Cher poète...
www.palmiereveur.forumparfait.com est un site francophone de poesie j'espere qu'il te plaira
Amities!


Morigena 21/01/2010 11:20


Enfin un peu de lumière et de gaité dans votre écriture, si sombre habituellement.
Bon anniversaire.


michaud denise 20/01/2010 18:50


mais c'est merveilleux tout cela on se sent partir dans ce récit quel poète imagination débordante


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